La croissance des ventes de robots industriels est moins forte en France que chez nos voisins. Mais pour Thomas Hoffmann, business development director chez Actemium, les freins à lever, notamment du côté des PME, sont identifiés et ne remettent pas en cause le déploiement de l’industrie 4.0.

Partout dans le monde, les robots prennent leur place dans l’industrie à un rythme soutenu : dopées par le marché chinois, les ventes mondiales ont augmenté de 30 % en 2017, après une hausse de 16 % en 2016, selon le rapport annuel de la Fédération internationale de robotique publié le 18 octobre 2018. Partout dans le monde sauf en France, où la croissance se poursuit mais à un rythme moindre : les 4 900 robots installés en 2017 marquent une augmentation de 16 % seulement, qui plus est inférieure à celle de l’année précédente.

La France serait-elle fâchée avec l’industrie 4.0 ? Non, estime Thomas Hoffmann, business development director chez Actemium (VINCI Energies), le réseau d’entreprises proposant des solutions et services à haute valeur ajoutée pour l’industrie, pour qui « ce résultat en demi-teinte traduit davantage l’effet des freins à la robotisation qui subsistent en France qu’une remise en cause du processus de transformation de l’industrie ».

« Si on ne met pas l’humain au cœur de la solution robotique déployée, si on ne pense pas l’intégration avec les collaborateurs de l’entreprise, alors on va vers l’échec. »

Le ralentissement des investissements, un tissu d’intégrateurs peut-être trop ténu, des résistances organisationnelles sont au nombre de ces freins cités par Thomas Hoffmann, par ailleurs responsable des clubs Robotique, Logistique et Automobile d’Actemium. La taille et la culture des PME françaises pas assez ouvertes aux robots industriels est un autre élément d’explication du relatif retard français par rapport à un pays comme l’Allemagne, où les PME sont d’une plus grande taille et mieux capitalisées. Autre élément, un défaut de formation et de compétences chez les salariés français. Il faut redorer l’image de l’industrie auprès des jeunes.

AGV, AIV et cobot

En France, les robots de manipulation et de chargement des pièces constituent l’essentiel (56 %) de la demande, selon le rapport de la Fédération internationale de robotique. L’AGV (Automated Guided Vehicle) est l’emblème de cette tendance confirmée par les experts d’Actemium, qui associent ce robot de manutention à l’intelligence artificielle pour concevoir et déployer des AIV (Autonomous Intelligent Vehicle), comme dans l’imprimerie de la Banque de France.

La robotisation de cette imprimerie de billets de banque constitue une étude de cas éclairante pour comprendre la démarche d’intégration de robots comme réponse adaptée à une problématique donnée. Actemium a d’abord réalisé une étude de faisabilité qui a débouché sur différents scénarios, dont l’un consistait à convoyer et à sécuriser le conditionnement et l’emballage des billets dans la nouvelle unité sans convoyeurs humains, avec un véhicule intelligent conçu comme un coffre fort monté sur un AIV. C’est cette nouvelle conception d’un flux dans une petite usine que la Banque de France a retenu et fait réaliser.

Autre tendance de la robotisation, dans le monde comme en France, confirme Thomas Hoffmann : le cobot, ou robot collaboratif, qui vient assister l’humain dans des tâches répétitives et pénibles. Il ne s’agit pas de remplacer l’homme ou la femme, mais de déplacer vers eux la valeur ajoutée du travail, plaide Thomas Hoffmann en mettant en avant un argument d’efficacité : « si on ne met pas l’humain au cœur de la solution robotique déployée, si on ne pense pas l’intégration avec les collaborateurs de l’entreprise, alors on va vers l’échec ».

L’idée que le robot tue l’emploi est une idée fausse qui constitue un frein sociétal en France. Lever ce frein, c’est affirmer que l’humain doit marcher main dans la main avec le robot.

10/07/2019