La nouvelle directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments enjoint les Etats à élaborer des stratégies nationales à long terme. Et pose d’ores et déjà quelques dispositions phares.

Le 17 avril 2018 à Strasbourg, le Parlement européen validait la directive sur la performance énergétique des bâtiments. Le diagnostic est connu : le bâtiment constitue le secteur le plus consommateur d’énergie en Europe à lui seul, absorbant plus de 40 % de l’énergie finale. Au sein de l’Union, 75 % des bâtiments restent inefficaces sur le plan énergétique, alors que seulement 0,4 % à 1 % du parc immobilier est rénové chaque année. En France, le parc tertiaire à rénover est estimé à 800 millions de mètres carrés.

Face à l’urgence, la nouvelle directive européenne affiche des ambitions à long terme, imposant une réduction des émissions des bâtiments publics et privés de 80 à 95 % d’ici 2050, par rapport à 1990. Charge aux Etats membres, qui ont jusqu’au 10 mars 2020 pour transposer le texte, de définir une stratégie ad hoc. Celle-ci devra comporter une feuille de route, avec des indicateurs permettant de mesurer les progrès réalisés sur des jalons à 2030, 2040 et 2050.

Quelles sont les conséquences prévisibles de cette nouvelle directive ? Pour Pierre Blanchet, responsable Innovation Building Solutions chez VINCI Energies, « il est difficile à ce stade pour la filière immobilière d’augurer les dispositions et adaptations tangibles que les professionnels devront mettre en œuvre dans le cadre de ces stratégies. On est ici encore largement dans le flou ».

« En revanche, poursuit-il, la directive est beaucoup plus précise sur un certain nombre de points qui vont nécessairement générer une demande pour les acteurs de la filière. » La directive exige ainsi que les bâtiments, « lorsque cela est techniquement et économiquement réalisable », soient équipés de systèmes de régulation de la température individuelle des pièces, pour ceux qui sont neufs, et lors du remplacement des générateurs de chaleur, pour les bâtiments existants.

Côté gestion technique des bâtiments (GTB), les bâtiments non résidentiels dotés de systèmes de chauffage ou de climatisation d’une puissance supérieure à 290 kW devront être équipés de systèmes d’automatisation et de contrôle d’ici 2025.

Indicateurs d’évaluation

La directive invite en outre à la mise en place d’indicateurs d’évaluation de l’intelligence des bâtiments permettant de mesurer leur capacité à se muer en plateforme de services dans une logique d’interaction avec les occupants d’une part, et le réseau électrique d’autre part. « Mais il est bien précisé que les choses se feront ici sur la base du volontariat », souligne Pierre Blanchet.

La nouvelle direction est une « incitation à adopter une vision holistique de la rénovation, intégrant les problématiques de qualité de l’air intérieur, de gestion active de l’énergie et d’électromobilité ».

Enfin, côté électromobilité, il est requis dans tous les nouveaux bâtiments à usage non résidentiel d’installer au moins un point de recharge (avec infrastructure de raccordement) pour cinq places de stationnement. Idem pour les bâtiments faisant l’objet de rénovations importantes, qui comprennent plus de dix emplacements.

« Cette incitation à adopter une vision holistique de la rénovation, intégrant les problématiques de qualité de l’air intérieur, de gestion active de l’énergie et d’électromobilité, va dans le sens de ce que nous défendons depuis toujours », se félicite Pierre Blanchet.